Actualités de l’EA 4080

Linguistique romane


Conférence

Mercredi 7 novembre 2012, de 14 à 16 heures
salle du CEROC
16, rue de la Sorbonne (4e étage)
75005 Paris

L'émergence des langues romanes à l'écriture : le cas de l'occitan

Hélène CARLES
chargée de cours à l'Université de Zurich


Colloque international
« Du français aux créoles »

IREA-La Maison de l’Afrique
7 rue des Carmes
75005 Paris

29 et 30 novembre 2012, 9h00 à 18h00

Organisation: André Thibault (Paris-Sorbonne) et Dominique Fattier (Cergy-Pontoise)

Programme provisoire

1. Titres (provisoires) des communications

Alleyne, Mervin : « La compatibilité entre la Créolistique Historique et la Linguistique Générale »

Bollée, Annegret : « Eléments de phonétique diachronique des créoles français »

Brun-Trigaud, Guylaine / Le Dû, Jean : « L’Atlas Linguistique des Petites Antilles (ALPA): premières approches géolinguistiques des aires phonétiques, morphologiques et lexicales »

Chauveau, Jean-Paul : titre en attente

Fattier, Dominique : « Dialectologie historique dans la Caraïbe : les apports des textes anciens à la lumière des données dialectales »

Ferreira, Jo-Anne : « De John Jacob Thomas (1869) à aujourd’hui (2012) : L’archivage et la préservation de l’histoire littéraire du créole français trinidadien »

Hazaël-Massieux, Marie-Christine : « De l’usage métaphorique et des divers sens figurés des mots : leur place dans les dictionnaires des créoles ? »

Jansen, Silke : « La délocutivité (Sprechaktmetonymien) en créole »

Pustka, Elissa : « Les variétés de Blancs et la genèse des créoles »

Scholz, Ulrike : « D’Albert le Grand à Makandal : Continuité et innovation dans le lexique de la magie et de la sorcellerie des créoles français »

Valdman, Albert : « Du français colonial aux créoles: monogenèse ou polygenèse »

2. Résumés disponibles au 27 octobre 2012

« La compatibilité entre la Créolistique Historique et la Linguistique Générale »
Mervyn Alleyne

Nous acceptons et appuyons l’appel à la linguistique créole d’approfondir son atten­tion sur la diachronie, sans pour cela négliger la syntaxe synchronique qui nous a déjà apporté tant de biens et a élargi notre compréhension et appréciation de la structure des langues créo­les. La linguistique anglo-créole s’est trouvée consommée et encadrée par un intérêt excessif pour la question de la genèse, ce qui conduit finalement à des propositions théoriques basées sur une hypothèse que les langues créoles représentent un phénomène “exceptionnel” et qu’il faudrait donc l’aborder à travers une série de mécanismes et de stratégies quelque peu exo­ti­ques mais intéressants et ingénieux.

Le présent travail accepte et appuie la position impliquée dans l’Appel à Com­mu­ni­ca­tions, à savoir que les langues créoles sont compatibles avec la linguistique générale tant syn­chronique que diachronique, évidemment avec une approche toujours très critique parce que la linguistique générale n’est pas toujours très exhaustive et favorise certains principes et mé­tho­dologies qui méritent d’être soigneusement surveillés pour éviter leurs lacunes. Par exem­ple, la linguistique générale diachronique tend à proposer qu’une langue évolue dans une boî­te hermétiquement fermée et à l’abri du contexte social. Les principes et méthodes qui sous-tendent le changement d’une langue sont très nombreux et très divers. Cette diversité peut ap­paraître dans l’histoire d’une seule langue, créole ou autre.

Pour illustrer et pour exemplifier ce qui précède, nous nous proposons d’examiner quelques exemples de changement phonétique historique, surtout des langues franco-créoles mais avec un coup d’œil sur les anglo-créoles pour renforcer la proposition de la différence entre les trajectoires historiques des langues franco-créoles comparées avec les langues anglo-créoles, tout en maintenant toujours le principe de la compatibilité des deux groupes avec la linguistique générale.

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« Eléments de phonétique diachronique des créoles français »
Annegret Bollée

« Dans l’ensemble, les correspondances français > créole sont très régulières (sauf les cas d’aphérèse et d’agglutination, plus aléatoires) » (Thibault 2012, 243). Il existe cependant des exceptions, comme l’a démontré André Thibault lui-même avec son article sur le schwa colonial dans le créole des Petites Antilles dont les « résultats évolutifs […] semblent partir dans tous les sens » (ibid.). Cet article, composant essentiel d’une phonétique historique des créoles français qui reste à écrire, m’a suggéré de me pencher sur d’autres domaines du déve­loppement diachronique des systèmes phonétiques et phonologiques où l’on observe des irré­gularités ou des phénomènes qui n’apparaissent que sporadiquement. Ma contribution sera centrée sur le développement du h aspiré français d’une part et d’autre part sur les origines du son [h] attesté sporadiquement dans des contextes où un éty­mon en [h] n’est pas en cause, par exemple :

  • dom., StLuc. lahivyè < la rivière (ALPA 7 et 221) ou gua., StLuc., tri. dèhè ‘der­rière’ (ALPA 218, 224 et 227) ;
  • gua. touhou ‘souvent’ ; ‘toujours’ (ALPA 179 et 208) ; gua. nahe ‘nager’ (ALPA 18 ; dans leurs annotations les auteurs signalent que la correspondance [j] / [h] se rencontre aussi dans les parlers saintongeais ; cf. FEW 7, 62a).

Le h aspiré est aujourd’hui en voie d’amuïssement en haïtien – les variantes avec aspiration sont très rarement attestées dans l’ALH – mais semble encore bien vivant dans les créoles des Petites Antilles, comme en témoignent certaines cartes de l’ALPA. Le change­ment du [h] en [r] ou [w] – phénomène apparemment d’origine normande (Brasseur 1986, 236) – s’observe souvent en haïtien, par ex. hanche > haï. ranch (ALH 302) ou honte, hon­teux > wont, wonte ‘Mimosa pudica’ (ALH 1690), très rarement en antillais. En revanche, dans les parlers des Petites Antilles on trouve sporadiquement l’évolution [h] > [ʒ], par ex. hanneton > gua. jannton ‘hanneton’ (LMPT) ; mart. id. (RCo) ; ‘coccinelle’ (ALPA 120/37) ; StLuc. jennton ‘June bug’ (KD). Un [h] apparaît aussi à l’initiale de mots d’origine africaine (haï. houngan ‘prêtre vaudou’ < fon hungán ‘grand chef vodoun’) ou espagnole (haï. hat ‘savane aménagée en pacage pour le bétail’ [ALH 1729] ; gua. id. ‘enclos’ [LMPT] < esp. amér. hato ‘terre pour l’élevage du bétail’).

Un dépouillement systématique des données des atlas linguistiques (ALH et ALPA) ainsi que du DECA en préparation livrera, nous l’espérons, des séries d’exemples qui pour­ront élucider l’étymologie de mots d’origine obscure ou douteuse, par exemple gua. fouzo ‘esp. de coquillage’ (ALPA 150/18) qui vient sans doute du fr. fuseau, tout comme le mot seychellois fizo ‘petits mollusques gastropodes aux coquilles fusiformes’ (DECOI I fuseau). D’autres exemples d’un changement sporadique de [y] > [u] pourraient étayer cette hypo­thèse : durer > haï. douré, assurer > haï. souré (Ducoeurjoly 291, 312), lutin > lou. louten ‘cauchemar, mauvais rêve’ (DLC). Bien sûr, dans ces cas comme dans beaucoup d’autres il se pose la question de savoir s’il s’agit de survivances de variantes non attestées dans la lexico­graphie française ou d’innovations qui se sont produites au cours du développement des créoles.



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« L’Atlas Linguistique des Petites Antilles (ALPA): premières approches géolinguistiques des aires phonétiques, morphologiques et lexicales »
Jean Le Dû / Guylaine Brun-Trigaud

Notre propos sera de montrer, à l’aide des deux volumes de l’ALPA, que, d’une part, en dehors de l’opposition attendue entre îles françaises et îles ex-anglaises, on observe un cer­tain nombre de différences entre les îles. En raison des aléas historiques, qui se manifestent par une certaine variété sur les plans phonétique et morphologique et une diversité plus gran­de en­core sur le plan lexical, plusieurs combinaisons sont possibles, regroupant les îles de ma­nières différentes (Guadeloupe vs les autres îles ; Guadeloupe + Dominique vs Martinique + Ste-Lucie, Guadeloupe + Dominique + Martinique vs Ste-Lucie, etc).

On constatera aussi qu’en dépit de ces inévitables variations le créole des Petites An­tilles est une langue d’une étonnante unité. Enfin, on montrera également que les archaïsmes ne sont pas toujours là où on les attend.

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« Dialectologie historique dans la Caraïbe : les apports des textes anciens à la lumière des données dialectales »
Dominique Fattier

Dans un article déjà ancien, paru en 1996 dans la revue Etudes créoles (vol. 19/2) et intitulé « ‘la Passion de Notre Seigneur selon St Jean en langage nègre’ : une scripta cré­o­le ? », je me suis interrogée sur le statut de ce texte ancien. Manuscrit anonyme de 11 pages, il a été publié, accompagné de notes de la rédaction, d’une traduction et de commentaires de Guy Hazaël-Massieux en 1994 dans la même revue (Etudes créoles 17/2)1). Dans un article plus ancien (1992 : 647), GHM notait que le texte « semble avoir circulé entre les îles et com­porter des intercalations de dialectes divers, tout en conservant une prédominance de dialectes des petites Antilles ». Prenant acte de cette hypothèse, il m’a paru utile pour faire référence à ce texte apparemment hybride, d’employer le terme de « scripta ». J’ai effectué une mise au jour du contenu linguistique, tant lexical que grammatical, du texte de la Passion à partir d’une comparaison avec un autre texte, leManuel des habitans de Saint-Domingue (dont le glossaire bilingue et les conversations françaises-créoles2)représentent un état ancien du créo­le haïtien de la deuxième moitié du XVIIIesiècle), avec les dictionnaires existants à l’époque (Peleman 1978 [essentiellement nord-est d’Haïti], Valdman et al. 1981) et avec l’Atlas Lin­guistique d’Haïti (Fattier 1998). Le premier bilan comparatif réalisé m’a conduite à conclure explicitement par la négative : le texte de la Passion n’est pas à considérer comme un scripta régionale3). Beaucoup de traits présents dans la Passion se retrouvent dans le Manuel et/ou dans différences sources sur le créole haïtien au XXesiècle, ce qui porte à considérer cet acte écrit ancien comme le reflet d’une parole vive. Pour rendre compte de ce fonds commun im­portant, je proposais à mon tour une hypothèse (1996 : 24) :

  • « Nous tenons cependant à l’intuition selon laquelle le texte de la Passion pourrait représenter la ‘mère’ des créo­les français de la Caraïbe (tout comme l’île de Saint-Christophe, lieutenance des colonies françaises de l’Amé­rique, est le territoire-mère dont sont parties les différentes colonisations). De façon peut-être un peu moins métaphorique, on pourrait dire que la Passion donne à observer un créole de première génération, le créole de Ducoeurjoly représentant un créole de seconde génération, c’est-à-dire, selon l’auteur du concept de ‘génération’ de créoles (Chaudenson 1981, p. 259, et 1992, p. 38), ‘un parler dans la genèse duquel intervient, comme une composante dont le rôle et l’importance sont à déterminer pour chaque cas, un créole généralement introduit par une immigration en provenance d’un autre territoire créolophone. Dans le cas qui nous occupe le catalogue des ressemblances (y compris celles qui portent sur des détails) oriente la conclusion en faveur d’une telle hypothèse : le premier état de langue se trouve inclus, bien plus que de façon partielle, dans le second ; ils semblent donc bien entretenir un rapport génétique. **C’est précisément cette relation d’inclusion qui, tant qu’elle demeure non dévoilée, non explicitée, contribue à donner à la Passion, les apparences trompeuses d’une scripta créole**. L’hypothèse est d’autant plus vraisemblable que Saint-Domingue a effectivement béné­ficié d’immigrations en provenance d’autres territoires créolophones, et en particulier dans les premiers temps de la colonisation, en provenance de Saint-Christophe. GHM [Guy Hazaël-Massieux, le vulgarisateur de ce texte ancien] (1992a, p. 649) note à ce sujet que ‘expéditions françaises plus ou moins officieuses, dès 1642, à partir de Saint-Christophe essaimaient vers la Tortue’ (île située au Nord d’Haïti) et il ajoute qu’à la fin du siècle, il semble que nombre de colons chassés de Saint-Christophe par les Anglais se soient établis à Saint-Domingue avant même que l’Espagne n’en reconnût la souveraineté à la France […] ». (p. 24).

Le moment est venu de reprendre la question, notamment en élargissant le champ des investigations et en s’interrogeant sur l’aire de diffusion de ces traits communs en créole haï­tien (données de l’ALH) et dans d’autres créoles de la région caraïbe : bien des traits re­levés dans la Passion se retrouvent, par exemple, dans les textes anciens en créole loui­sia­nais (entre autres Neumann-Holzschuh (éd.) 1987). Ainsi la construction comparative avec le mor­phème pasé qui est attestée en créole louisianais ancien (p. 14) mais également dans les créo­les de la Dominique et de Sainte-Lucie (ALPA 273). Ainsi le déterminant défini pluriel attesté tant en créole haïtien (sous la forme la yo) qu’en créole louisianais (sous la forme la yé ; Neu­mann, p. 9).



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« De John Jacob Thomas (1869) à aujourd’hui (2012) : l’archivage et la préservation de l’histoire littéraire du créole français trinidadien
Jo-Anne Ferreira

Le créole français de Trinidad (TFC) est une langue en voie de disparition mais qui ne laisse pas pour cela de se situer au coeur même de la formation d’une culture propre­ment trinidadienne. Il n’a attiré que le minimum de l’attention des linguistes et ethnologues. La plupart des textes créoles existants représentent un large éventail de genres (y compris des récits originels ou traduits, contes, chansons, proverbes et devinettes qui ont été enregistrés et recueillis depuis le début du 19esiècle). Ils n’ont pas été largement diffusés, exception faite des publications qui sont souvent difficiles d’accès et qui, en général, ont été produites pour les membres de la communauté universitaire et d’autres milieux chez qui le créole est, au mieux, une langue seconde. Un recueil à paraître de textes rédigés en TFC envisage de modifier cette image. Le but de ce travail est double : (i) de rendre plus disponible à une série de publics plus larges la culture littéraire et orale véhiculée par le créole, mais surtout dis­po­nible à ceux qui ont grandi avec cette langue dans le cadre de leur patrimoine culturel ; et (ii) d’appuyer officiellement les efforts informels de préservation de la langue à l’heure actuelle en cours. Le présent travail examine la documentation textuelle portant sur cette langue en danger, partant d’env. 1805 et jusqu’aux textes recueillis de nos jours.



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« De l’usage métaphorique et des divers sens figurés des mots :leur place dans les dictionnaires créoles ? »
Marie-Christine Hazaël-Massieux

La limitation extrême des sens dans les dictionnaires créoles s’explique en grande partie par la comparaison implicite qui est toujours faite avec le français dans des dic­tion­naires presque tous bilingues. Les exemples qui sont donnés dans chaque entrée sont par ailleurs très peu nombreux, car on sait que les ressources littéraires (exemples qui seraient pris dans des « vrais » textes) sont peu consultées, et surtout très peu exploitées. Les auteurs se contentent le plus souvent d’inventer quelques exemples en relation avec la vie courante. On passe ainsi à côté de presque tous les sens métaphoriques, de toutes les évolutions de sens, à moins qu’en retenant l’un des sens figurés, on en vienne parfois à oublier le sens primitif. Ceci est particulièrement net pour les mots d’origine non française. Nous voudrions ici donner quelques exemples d’usages métaphoriques non mentionnés dans les dictionnaires, pourtant bien réels (connus encore de certains locuteurs, attestés dans la littérature…) qui devraient nourrir la recherche et permettre de comprendre que les créoles sont certainement devenus « de vraies langues », et que les unités lexicales que l’on présente dans les dictionnaires sont susceptibles de multiples glissements de sens que la traduction française par un mot simple ou une périphrase ne laisse pas deviner. Certes, la frontière n’est pas toujours facile à tracer entre faits de langue et faits de parole, entre usage connus et compris du plus grand nombre, et proposition stylistique isolée, alors que les attestations sont nécessairement peu nombreuses. Quand le dictionnaire doit-il retenir une expression, un sens, apparemment « nouveau » (qu’on n’a en tout cas pas encore répertorié) ? Depuis longtemps la lexicographie du français accueille des sens caractérisés comme « figurés » (correspondant à une figure), en explicitant d’ailleurs souvent qu’il s’agit d’une évolution de sens par métaphore, métonymie, ou diverses analogies. Nous voudrions tenter ici d’ouvrir des perspectives pour une recherche sémantique sur les créoles de la Caraïbe, en montrant l’intérêt tout à fait significatif de l’étude des mots en contexte, tels qu’ils fonctionnent dans la littérature en créole : certains des sens, voire certains mots ou certaines lexies qu’on peut ainsi (re)découvrir, s’ils sont négligés et omis dans les dictionnaires, ris­quent d’être progressivement oubliés des locuteurs eux-mêmes, qui préfèrent alors inventer de nouveaux mots calqués sur le français omniprésent.



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« Les variétés de Blancs et la genèse des créoles »
Elissa Pustka

Pour l’explication de la genèse des créoles, quatre facteurs sont généralement avan­cés : la nature de l’homme (p. ex. son ‘bioprogramme’; Bickerton 1984), les universaux de la communication (et leur influence particulière dans les situations de contact extrême ; Detges 2002), les langues africaines des esclaves (Parkvall 2000) ainsi que les langues européennes des colons. L’impact des ces dernières est notamment souligné par la créolistique française, en l’occurrence pour le cas du créole de la Réunion. Celui-ci s’est vraisemblablement dé­ve­lop­pé de manière continue à partir des variétés françaises des colons, ce qui se reflèterait encore aujourd’hui dans un continuum linguistique (Carayol/Chaudenson 1978). Vu la pro­por­tion de Blancs considérable sur cette île (env. 25%), il pourrait néanmoins s’agir d’un cas exceptionnel, où la langue européenne ne se serait créolisée qu’à moitié (semi creole ; Holm 2001). On trouve cependant des Blancs également dans la Caraïbe, lieu d’origine des créoles prototypiques. Leurs variétés – et leurs influences possibles sur la genèse des créoles – n’ont cependant guère été étudiées. Seules les variétés des poor whites en Louisiane (Neumann-Holzschuh 1983) et à Saint-Barthélémy (Calvet/Chaudenson 1998) sont documentées jusqu’à présent. Restent entre autres plusieurs groupes de Blancs en Guadeloupe : 1) les 3 000 habitants du mini-archipel Les Saintes, 2) les 300 à 400 Blancs-Matignons dans les Grands-Fonds, 3) les Grands-Blancs, descendants des colonisateurs (Békés en Martinique). La com­munication donnera un survol de ces groupes de locuteurs et présentera quelques données encore inexploitées, en français ainsi qu’en créole.

Bibliographie

Bickerton, Derek (1984) : « The language bioprogram hypothesis », in : The Behavioral and Brain Sciences 7: 173-188.
Calvet, Louis-Jean / Chaudenson, Robert (1998) : Saint-Barthélemy : une énigme linguistique, Paris : Didier rudition.
Carayol, Michel / Chaudenson, Robert (1978) : « Diglossie et continuum linguistique à la Réunion », in : Guenier, Nicole / Genouvrier, mile / Khomsi, Abdelhamid (éds), Les Fran­çais devant la norme, Paris : Champion, 175-189.
Detges, Ulrich (2002) : « Créolisation et changement linguistique », in : Valdman, Albert (éd.), La créolisation : À chacun son idée, Paris, L’Harmattan, 53-68.
Holm, John (2001) : « Semi-creolization : Problems in the development of theory », in : Neumann-Holzschuh, Ingrid / Schneider, Edgar W. (éds), Degrees of Restructuring in Creole Languages, Amsterdam / Philadelphia, Benjamins, 19-40.
Neumann-Holzschuh, Ingrid (1983) : « Le créole des Blancs en Louisiane », in : Etudes Créoles VI.1-2, 63-78.
Parkvall, Mikael (2000) : Out of Africa. African Influences in Atlantic Creoles, London : Battlebridge.



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« D’Albert le Grand à Makandal :continuité et innovation dans le lexique de la magie et de la sorcellerie des créoles français »
Ulrike Scholz

Tandis que le lexique du vaudou a attiré l’attention de nombre de chercheurs – récem­ment Annegret Bollée et Ingrid Neumann-Holzschuh ont fait état du syncrétisme catholique-africain ainsi que de l’importance du fon pour la constitution du lexique du vaudou haïtien – la magie et la sorcellerie, en quelque sorte les « parents pauvres » des religions, ont été moins étudiées.

Pourtant, Robert Chaudenson pour la Réunion et Jean Kerboull pour Haïti ont mis en évidence que la connaissance des traditions magiques européennes, représentées par ex­cel­lence par le Grand Albert, grimoire classique attribué à Albert le Grand, était bien vivante dans les sociétés coloniales. Sur la base des données fournies par le matériel du DECA la con­tribution vise à étudier la survivance de la terminologie magique traditionnelle et à élucider les changements sémantiques survenus par exemple dans les mots suivants :

  • *amarrer > haï. mare ‘to put a hex on s.o. to cause abdominal pain (only twins can do this) ; to charm, bewitch ; to put a jinx on’ (HCED), ‘déterminer le sort de qn, en­sor­ce­ler’ (Peleman) ; gua. id. ‘jeter un sort’ (LMPT) ; mart. mare kenbwa ‘nouer, paralyser les sortilèges’ (EJo 168) ; StLuc. mawe ‘to cast a spell’ (JMo) ;
  • *arranger > lou. aranje, ranj(e), ronj(e) ‘envoûter, ensorceler, enchanter [vaudou] (DLC) ; haï. ranje ‘to imbue with protective magic ; to poison’ (HCED) ; ‘ensorceler’ (ALH 1359) ; ‘empoisonner’ (Peleman) ; gua. id. (adj.) ‘ensorcelé, magique, béni’ (LMPT) ;
  • *envoi > haï. anvwa ‘magie noire’ (ALH 1355/8).

Similarité et contiguïté, les relations cognitives à la base des changements méta­pho­ri­ques et métonymiques, décrites d’ailleurs par J. G. Frazer comme principes fondamentaux des représentations magiques, s’avèrent une fois de plus catégories essentielles du changement sémantique.

Quelques termes haïtiens provenant du champ sémantique de la guerre sont d’un in­té­rêt particulier. Des cas comme haï. e(k)spedisyon ‘sending of evil spirits or evil magical sub­stances against an enemy, magical trap [voodoo]’ (HCED), ‘préparation faite par le bòkò ; on la met devant les maisons, sur les kalfou pour nuire à qn’ (Peleman), ekspedisyon ‘magie noi­re’ (ALH 1355/4) ; fè yon espedisyon ‘to send an evil spirit or magical substances against s.o. ; to exorcise’ (HCED), peuvent être rattachés au contexte de la guerre d’indépendance haï­tienne et considérés en fin de compte comme des échos lointains de la Révolution fran­çai­se. On trouve également une trace d’un célèbre chefs des Noirs, Makandal, dans le lexique haï­tien : makandal ‘secret society of evildoers or member of same’ (HCED), ‘poison ; em­poisonneur’ (Métraux 39) ; makanda ‘werewolf’ (HCED), ‘individu malfaisant qui se livre à des pratiques de magie noire’ (ALH 1214), ‘sorcière’ (ALH 1354).

1) Le texte figure intégralement dans l’ouvrage de Marie-Christine Hazaël-Massieux, 2008, Textes anciens en créole français de la Caraïbe. Histoire et analyse. Publibook, pp. 63-66).
2) Fattier D., 1994. « Un fragment de créole colonial : le Manuel des habitans de Saint-Domingue de S. J. Ducœurjoly, 1802. Réflexions sur l’apprentissage et la créolisation ». Dans Daniel Véronique (éd.), 1994. Créolisation et acquisition des langues . Publications de l’Université de Provence.
3) La revue Etudes créoles ayant une diffusion relativement confidentielle, il me paraît utile de citer ce large extrait.